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Fête de l’Escalade : histoire d’une commémoration genevoise

5 Dec 2019

Le 12 décembre est le jour le plus aimés des genevois – adoré des enfants – et pour cause, c’est le jour de l’Escalade. Plus précisément ? C’est l’occasion de se déguiser et de se rassembler, de faire la fête au nom d’une célébration tout ce qu’il y a de plus local. Au programme : défilé en ville de Genève, marmite en chocolat brisée en morceaux, course à pieds dans le froid, humour et moquerie, soupe de légumes et vin chaud, chants traditionnels et (surtout) un peu d’histoire : retour en l’an 1602 !

Charles-Emmanuel 1er et son équipe

Manifestation populaire qui rassemble les genevois de toutes générations, le temps d’un weekend, l’Escalade donne chaque année lieu à des événements hauts en couleur au cœur du canton. À l’instar du Carnaval de Bâle (ville catholique), la Genève protestante possède sa propre fête costumée ! Il s’agit bien sûr d’une réelle fête historique. On y commémore l’anniversaire de la bataille de l’Escalade ayant eu lieu dans la nuit du 11 au 12 décembre 1602, entre savoyards et genevois.

En cette époque, les soldats du duc Charles-Emmanuel 1er – duc de Savoie et prince de Piémont (de 1580 à 1630), souverain colérique et impulsif, dont le souhait était de s’emparer de cette ville alors déjà protestante, afin de la « rendre » au catholicisme – ont donc pour mission d’envahir Genève. Pour ce faire, ils s’équipent d’une échelle qui leur sert pour franchir les remparts de la ville, en pleine nuit, afin de surprendre les genevois endormis.


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La nuit de l'Escalade - Source : www.notrehistoire.ch

Qu'ainsi périssent les ennemis de la République !

Malheureusement pour eux, une habitante de la ville (la fameuse « Mère Royaume ») va donner l’alarme en jetant une marmite pleine de soupe bouillante sur les soldats ennemis. S’en suit une bataille qui commence par les soldats genevois contraints de se battre en robe de chambre, trop occupés à se précipiter à l’attaque pour s’habiller. Le résultat de la bataille, qui se termine au matin, est une écrasante victoire de l’armée genevoise face à son assaillant savoyard. C’est ainsi que périrent les ennemis de la République, donnant également lieu à notre plus belle célébration locale ; haute en couleur et entièrement genevoise.


Folklore et moqueries : le pourquoi du comment

Quand on parle de la fête de l’Escalade, la coutume veut que les écoliers se déguisent et défilent dans les rues. La tradition exige également de manger une soupe de légumes, mais aussi que le plus jeune, main dans la main avec le plus ancien, brisent ensemble une marmite en chocolat. Tout ce folklore a essentiellement pour but de se souvenir des événements historiques de la bataille de 1602 : les déguisements sont une manière de se moquer des assaillants savoyards battus par des genevois à peine sortis de leurs lits, la marmite en chocolat représente celle de la Mère Royaume et la soupe représente celle qu’elle faisait cuir.


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Lanciers, Compagnie de 1602 - Source : www.twitter.com_orbisswissphoto

Chants traditionnels : « Cé qu'è lainô » et « « À la belle Escalade »

« Celui qui est en haut, le Maître des batailles, Qui se moque et se rit des canailles. A bien fait voir, par une nuit de samedi, Qu’il était patron des Genevois. » Voici la traduction en français courant première strophe de la fameuse chanson traditionnelle « Cé qu’è lainô » racontant, on ne peut mieux, la victoire sur le champ de bataille.

Composée environ un an après les affrontements, en arpitan genevois (dialecte local d’alors), elle raisonne aussi bien durant les cortèges de l’Escalade qu’au Stade de Genève lors des rencontres du Servette F.C. et du Genève Servette Hockey Club (GSHC). Bien plus qu’une simple chanson folklorique, scandée à longueur d’année, « Cé qu’è lainô » est synonyme de fierté genevoise et de victoire, mais surtout il s’agit de l’hymne officiel de la République et canton de Genève.

En ce qui concerne l’autre chanson traditionnelle « À la belle Escalade » (dont le titre officiel serait pourtant « Allons, citoyens, de grand cœur ») elle aurait été composée sur l’air de la Carmagnole (chant révolutionnaire français) en 1793, date ou le gouvernement révolutionnaire réhabilita la célébration de l’Escalade, suite à l’occupation du Royaume de Sardaigne qui l’avait interdite, tout comme « Cé qu’è lainô » ou tout autre chant commémoratif.


Compagnie de 1602 : une commémoration haute en couleur

Afin de se rappeler de ceux tombés pour Genève, une commémoration de la bataille de l’Escalade est organisée sous forme d’un défilé en costume d’époque par la Compagnie de 1602 : une institution (apolitique et laïque) fondée en 1926, composée de 2’200 membres et réputée bien au-delà des frontières genevoises.

Chaque année, 800 membres costumés défilent (à pied ou à cheval) lors du Grand Cortège Historique, prenant son départ en la vieille ville de Genève. C’est un spectacle magnifique, que nous conseillons vivement. En outre, celles et ceux souhaitant participer peuvent se munir d’un lampion disponible sur place.


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Défilé de la Compagnie de 1602 : Source : www.signegeneve.ch

Course de l’Escalade : le rendez-vous des sportifs genevois

S’il y a bien un rendez-vous que les sportifs genevois ne manquent sous aucun prétexte, c’est bien la Course de l’Escalade. Joyeux, sportif et populaire, cet événement a rassemblé plus de 40’000 participants en 2018. Près de 1’300 volontaires sont nécessaires à son organisation, sur deux jours. Depuis 2014, au niveau du nombre d’inscriptions, les femmes sont plus nombreuses que les hommes.

La course « classique » prend son départ à la Rue de la Croix-Rouge, avec une arrivée en triomphe au Parc des Bastions. Pour sa 42ème édition (avancée aux 30 novembre et 1er décembre 2019 pour laisser place au Marché de Noël) plus de 3’000 costumés ont couru la Marmite (version décalée de la course de l’Escalade). La fameuse Course du Duc (19.5 kilomètres) qui a lieu tous les cinq ans (prochaine en 2022), passionne aussi les genevois (6’000 inscrits en 2017).

Pascal Viscardi