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Immeuble Clarté, par Le Corbusier et Pierre Jeanneret

2 Oct 2019

C’est au 2 et 4 de la rue Saint-Laurent, dans le quartier de Villereuse (Eaux-Vives), qu’est situé le seul et unique immeuble genevois signé par l’architecte iconique Charles-Édouard Jeanneret, plus connu sous le nom de « Le Corbusier ». Rapidement exilé à Paris, il n’aura construit que cinq édifices en Suisse. L’immeuble Clarté est donc l’un des rares bâtiments nationaux de l’architecte moderniste. Classé monument historique en 1986, il est reconnu Patrimoine Mondial de l’UNESCO en 2016. Rencontre avec un « géant de verre », aussi beau qu’innovant et discret.

Avant-propos d’un chef-d’œuvre moderniste

On dit souvent de l’immeuble Clarté qu’il figure parmi les œuvres les plus homogènes du Maître. En effet, ce bâtiment unique en son genre fait la part belle aux expérimentations techniques (matériaux thermiques innovants) et à la luminosité, sans pour autant renoncer à un certain côté classique (du moins « typique » d’alors), notamment via l’utilisation de solivages et de cloisons en briques de terre cuite.

Dans une Genève de l’entre-deux-guerres en pleine effervescence, une idée fixe : justifier ce nouveau statut de ville internationale. Mais avant de rentrer dans les détails, allons voir qui sont les auteurs de cet édifice : Le Corbusier, Pierre Jeanneret, mais aussi le serrurier, propriétaire foncier et entrepreneur genevois Édouard Wanner qui aura joué une part importante sur l’aspect technologique de l’édifice.


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Le Corbusier & Pierre Jeanneret en Inde - Source : www.design-only.com

Le Corbusier et Pierre Jeanneret : une nouvelle architecture

Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier, est né à La Chaux-de-Fonds en 1887. Indémodable et incontournable, considéré parmi les concepteurs les plus influents du XXe siècle, il représente aujourd’hui un personnage culte. Architecte, urbaniste, décorateur, peintre, sculpteur et homme de lettres, il serait illusoire de résumer brièvement, en quelques mots, l’ensemble et l’impact infinis de ses créations.

Il débute dans sa ville natale où il obtient le diplôme de graveur-ciseleur à l’école d’art. Quant à sa formation d’architecte, elle se fait en autodidacte, à travers ses voyages et rencontres. Son premier bâtiment – nommé Villa Fallet – est réalisé à La Chaux-de-Fonds, en 1907. Le Corbusier déménage en France dix ans plus tard. Parisien de cœur, il est naturalisé en 1887 et décède Roquebrune-Cap-Martin en 1965.

Cependant, impossible de parler du Corbusier sans citer son cousin, ami et collaborateur de toujours Pierre Jeanneret. Ce dernier dessinait très souvent les premiers croquis des plans, pour les retoucher ensuite avec son cousin. Architecte et designer né à Genève en 1896, il est le coauteur (rédigé à 4 mains avec Le Corbusier, bien entendu) du manifeste « Cinq Points vers une Nouvelle Architecture » qui sera à la base de toute l’esthétique du duo. Son apport est d’une importance capitale dans l’ensemble de l’œuvre, et donc aussi dans la création de l’immeuble Clarté.

Afin d’illustrer clairement cette idée architecturale et d’esthétique globale, il faut se pencher du côté de la Villa Savoye (1931) : un bâtiment quasiment tout de verre vêtu, porté par deux colonnes, comme en suspension dans l’air. En 1929, en association avec Charlotte Perriand, le trio présente au Salon d’Automne de Paris l’ensemble de chaises modernes en acier tubulaire, aujourd’hui iconique. De l’architecture aux meubles, des collaborations aux innovations techniques, en passant par une réflexion totale sur le rapport entre l’homme et son espace de vie, la boucle est bouclée.


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Charlotte Perriand, Pierre Jeanneret & Le Corbusier - Source : www.lecorbusier_jeanneret_perriand_bauhaus-movement.tumblr.com/

Le Modulor, ou l’équation du bien-être humain

Pour comprendre le concept architectural de l’immeuble Clarté, il faut se plonger au fondement du style corbuséen : le Modulor (contraction des termes « nombre d’or » et « module ») et de ses proportions humaines idéales. Inventé en 1945, ce concept vise au confort maximal, dans les relations entre l’Homme et son espace vital. En quête constante de l’harmonie au service de l’homme, Le Corbusier composait entre l’espace, la lumière et les couleurs – les gammes chromatiques dites « puristes » sont effectivement appliquées sur l’immeuble Clarté -, relation des formes et des proportions.

Le Modulor est donc un système mathématique de mesure, à l’échelle humaine. Il a été projeté pour imaginer un espace fonctionnel et optimisé pour l’homme faisant de la maison une sorte de « machine à habiter ». Son but : bien-être et confort. L’immeuble Clarté est donc entièrement conçu grâce à ce système de mesure.

Pour Le Corbusier, le logis est le temple de la famille. Un lieu sacré, là où repose une grande part du bonheur humain. Le Maître s’est donné pour mission d’explorer cette vaste thématique durant sa fastueuse carrière, longue de plus de 60 ans. Sa vision bien personnelle et déterminante a aussi bien marqué l’histoire de l’architecture que ceux qui ont vécu ses créations. L’immeuble Clarté en est un parfait exemple.


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Le Modulor par Le Corbusier - Source : www.uk.phaidon.com

L’immeuble Clarté : hymne avant-gardiste à la lumière

Inauguré en 1932 et jouissant d’une superbe vue Lac, l’immeuble Clarté est un chef d’œuvre avant-gardiste surnommé alors la « maison de verre » pour son aspect à la fois rigide et fragile. Ce pseudonyme est aussi lié à sa façade horizontale, dont les innombrables vitres – et parfois même les parois, via les carreaux Nevada posés jointivement – laissent harmonieusement passer la lumière. L’ossature métallique soudée permet, quant à elle, de libérer les murs intérieurs de toute fonction portante.

Haut de 9 étages, l’édifice compte 48 appartements et bureaux (tailles et formes variées, 2.6 mètres d’hauteur sous plafond) disposés autour de deux cages d’escalier principales. L’association « Clarté 1932 » regroupe plus de 70% des copropriétaires de la PPE. Son aspect global, fluide et lumineux, respire l’esthétique architecturale caractéristique de son auteur. On y retrouve notamment les piliers ajourés, le plan libre, la fenêtre bandeau (pur style moderniste), les galeries en bois et la toiture-terrasse, tous chères à l’architecte chaux-de-fonnier.

Note importante : sur les cinq édifices construits par le Maître, en Suisse, l’immeuble Clarté est le seul et unique immeuble d’habitation. De 2007 à 2013, le bureau Chambrier & Dutheil a été en charge des rénovations. Ces dernières ont lieu tous les 30 ans afin de prévenir la corrosion de l’acier. La restauration a permis un retour de la lumière à travers les verrières dans les cages d’escalier, mais également le retour des polychromies architecturales, essentielles au concept corbuséen.


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Immeuble Clarté, vue latérale - Source : www.amc-archi.com

Innovations techniques et villas suspendues

Historiquement, la création de cet immeuble est due à l’association entre Le Corbusier et le serrurier/ferronnier d’art genevois Édouard Wanner. L’objectif ? Inscrire Genève dans la modernité et dynamiser le quartier. Le nom de l’édifice (jamais vraiment choisi d’ailleurs, plutôt donc un nom de projet) est, bien entendu, lié à la généreuse luminosité qui le parcoure et le caractérise, aussi bien en façade qu’à travers les deux verrières, la cage d’escalier et les portes-bascules semi-vitrées du garage.

Mais c’est également là, dans cette fameuse luminosité, que réside la véritable innovation technique du projet : une profonde recherche de transparence qui passe par l’utilisation de la structure en acier portante et de celle du double vitrage. Les fenêtres coulissantes sur billes sont elles aussi innovantes. L’édifice a également permis à l’architecte suisse de réaliser un projet qui lui tenait à cœur : les « villas suspendues », autrement dit 16 duplex, comme autant de maisons à l’intérieur de l’immeuble. L’une d’elles dépasserait même les 260 m2 habitables.

Wanner, féru de technologie et à l’origine de l’initiative, a énormément apporté à l’unité constructive et à l’homogénéité unique de cette œuvre. En effet, l’immeuble Clarté doit être considéré comme un bâtiment quasiment d’ordre « prototype », tant les techniques utilisées sont expérimentales pour l’époque. On y trouve notamment l’utilisation du solomite, matériau de construction et isolant permettant une importante amélioration du système constructif. Curiosité, innovation et audace.

Fascinant encore de nos jours, de nombreux fans d’architecture et autres touristes et curieux rodent bien souvent dans les cages d’escalier de l’immeuble Clarté, en admiration devant cette œuvre moderniste et ô combien intemporelle.


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Immeuble Clarté, cage d'escalier - Source : www.ge.ch

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