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Aux origines genevoises de l’horlogerie suisse

21 Apr 2020

À Genève, la tradition horlogère fait partie intégrante de la vie quotidienne et de l’histoire locale. Il suffit de se balader dans les rues du centre-ville pour constater que l’horlogerie haut de gamme est partout. Véritables objets de culte et symboles de réussite sociale, nos montres à la précision légendaire représentent avant tout un savoir-faire artisanal, vieux de quatre siècles. Chez nous, l’art d’apprivoiser le temps prend toutes les formes, dont celui de l’horloge fleurie. De ses origines à ses marques prestigieuses, en passant par son industrialisation, retraçons ensemble les rouages du succès de l’horlogerie de luxe genevoise ; une histoire faite pour durer. Dossier.

À la conquête du temps

Pour découvrir les origines de l’horlogerie suisse, il faut remonter au XVIIe siècle époque durant laquelle trois régions se distinguent : l’arc jurassien, Genève et Schaffhouse. Tous ont apporté leur pierre à l’édifice et une obsession commune les réunit : percer le secret du temps qui passe, créer la montre parfaite. Afin de mener à bien cette quête, notre industrie horlogère a développé un savoir-faire unique, mondialement reconnu. Nos maîtres d’œuvre de génie ont ainsi largement contribué à placer la Suisse sur la carte des esthètes, des fortunés collectionneurs d’objets de luxe et autres amateurs spécifiques de complications horlogères. Voyons comment.


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Copyright Anokhi DE SILVA (Unsplash)

Genève, terre du haut de gamme

Le berceau de l’horlogerie suisse se trouve à Genève, plus précisément dans le quartier historique de Saint-Gervais, sur la rive droite du Rhône. Ici, en 1601, est créée la toute première corporation horlogère. L’histoire nous apprend que Jean Calvin – pasteur emblématique de la Réforme protestante du XVIᵉ siècle – aurait, quelques années auparavant, interdit aux genevois de porter des bijoux. Cela aurait donc poussé les joailliers et autres orfèvres à se concentrer sur un objet qu’il serait autorisé d’utiliser et de porter en public : des montres. L’interdit est contourné et ces artisans si doués peuvent prospérer. Les montres sont alors parées d’or, de pierres précieuses et ce ne sont pas les acquéreurs qui manquent.

Nous en avions parlé au sein de notre article sur l’internationalisme genevois, la Genève de Calvin était terre d’accueil pour tous les protestants d’Europe persécutés. Mais pas n’importe lesquels. Ainsi, banquiers, artisans et autres hommes d’affaires de tous bords sont venus contribuer aux activités manufacturières de la ville comme la soierie, la dorure et l’orfèvrerie. L’économie genevoise est alors prospère et son industrie horlogère est déjà synonyme de gage de qualité supérieure. En 1886, l’industrie horlogère et les instances publiques genevoises décident de créer le « Poinçon de Genève », afin de lutter contre les imitations : un label basé sur 12 critères stricts. On l’utilise encore aujourd’hui.


Des visionnaires jurassiens

Le succès des horlogers genevois est tel qu’à partir du milieu du XVIIIe siècle, ils sont poussés à faire appel aux agriculteurs de la vallée jurassienne pour réussir à honorer toutes leurs commandes. Ces derniers sont ravis de pouvoir travailler (et donc d’engendrer un revenu stable) durant la période hivernale, synonyme pour eux d’inactivité. Avec le temps, des experts se dégagent parmi ces renforts. C’est ainsi que commence l’aventure jurassienne avec l’horlogerie, région responsable de l’avènement de montres plus petites et plus précises encore. Ces mécanismes novateurs sont utilisés encore actuellement ; c’est dire si l’idée était visionnaire.


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Copyright Carlita BENAZITO (Unsplash)

La grande rupture industrielle

Avec la révolution industrielle arrive un besoin de précision toujours plus élevé. C’est alors, au milieu du XIXe siècle, que l’industrie horlogère genevoise connait une forte modernisation. L’époque des machines a sonné, pour les montres aussi. Le déclencheur ? Waltham Watch Company – et son créateur : l’horloger visionnaire Aaron Lufkin Dennison -, une société américaine qui invente le concept de pièces de montre interchangeable. Ce principe fonctionne grâce à la précision des machines capables de produire en série ces mêmes pièces. On doit ce changement de paradigme à Jacques David, directeur technique de la fabrique d’horlogerie des montres genevoises Longines qui après son voyage aux États-Unis pousse alors les genevois à l’industrialisation. En 1954, la compagnie américaine déménage en Suisse.


Machine à rêver & placement avisé

La plus petite mécanique de précision qu’une main humaine puisse rassembler se fait ici, à Genève. Dextérité, technologie, art et matériaux rares d’extrêmement haute qualité se mélangent et s’assemblent pour sublimer une forme d’artisanat multiple. Car oui, l’alchimie de l’horlogerie genevoise possède de nombreux secrets bien gardés. Il faut des mois pour arriver à produire ces objets de rêve aussi prestigieux qu’onéreux, considérés aussi bien souvent comme de véritables placements financiers par les collectionneurs. La marque genevoise Chopard a d’ailleurs commercialisé, il y a 20 ans déjà, une montre d’une valeur de 22 millions d’euros.

Symbole de réussite sociale – associée souvent à l’image des sportifs de haut niveau, des acteurs hollywoodiens ou (à ses origines, du moins) à des globetrotteurs, aviateurs, navigateurs et autres aventuriers des temps modernes -, la montre de luxe genevoise est surtout une pièce de grand créateur, un objet « organique » qui évolue sur le poignet de son propriétaire. On porte un style de vie, une tradition d’excellence.


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Copyright Dino SABIC (Unsplash)

Au-delà des marques : des symboles

Symbole même de la précision horlogère suisse, la marque genevoise Patek Philippe véhicule à la fois la tradition et les valeurs esthétiques propres à notre industrie horlogère, depuis 1846. Le même discours vaut pour une société du cru : Rolex. Établie en 1905, la marque créée par Hans Wilsdorf est celle que l’on associe bien souvent (et le plus directement peut-être) au succès et à la réussite sociale contemporaine, partout à travers le globe. Les chiffres en témoignent, Rolex étant la première marque mondiale de montres de luxe devant Omega et Breitling.


L’industrie horlogère genevoise aujourd’hui

Il va sans dire que l’horlogerie est un secteur qui compte fortement pour l’économie genevoise, avec un nombre important de salariés : environ 10’300 pour l’exercice 2019, des valeurs en augmentation. Au niveau du territoire, les zones industrielles de Plan-les-Ouates et de Meyrin-Satigny sont celles qui accueillent le plus de sociétés horlogères. Au total, on compte environ une dizaine de marques horlogères genevoises haut de gamme. Le succès horloger suisse s’exporte à merveille avec une demande toujours soutenue sur le marché du luxe, en général. Finalement, selon le report annuel de la FHS (Fédération de l’industrie horlogère suisse), les exportations horlogères helvétiques se sont élevées à 21.7 milliards CHF en 2019 ; une croissance de 2,4% par rapport à l’année 2018.


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Copyright Xavier VON ERLACH (Unsplash)

Un nouvel événement horloger à Genève, en 2021

Un véritable coup de tonnerre médiatique a retenti la semaine dernière : Rolex, Patek Philippe, Chanel, Chopard et Tudor quittent Baseworld (salon mondial de l’horlogerie et de la bijouterie qui se déroule à Bâle) afin de lancer, en 2021, un nouvel événement à Genève lié à celui de la Fondation de la haute horlogerie. Pour l’heure, peu de détails ont été révélés, mais l’annonce (rapide et inattendue) fait l’effet d’un raz de marée. Quoi qu’il en soit, l’idée de retrouver potentiellement toutes les plus grandes marques horlogères à Genève, pour un salon international, serait pour le moins séduisante.


Pascal Viscardi


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